Le rire est la politesse du désespoir

Pix by Tom French

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Ce jour-là on avait beaucoup ri avec Bertrand.

Vraiment beaucoup. On avait ri aux larmes même.

Il était de super bonne humeur, nous avait gratifié d’une foule de blagues très drôles et fines, de calembours tous plus recherchés les uns que les autres, d’histoires improbables et comiques.

Depuis deux ans que je suivais Bertrand, je savais qu’il avait de l’humour – beaucoup – et qu’il n’hésitait jamais à s’en servir. Mais ce jour-là j’étais quand même un peu étonnée d’un tel festival. Dernièrement, Bertrand était un peu moins flamboyant, même l’humour ne résiste pas face à 2 ans de chimio, de métastases qui se répandent, de déceptions, de mauvaises nouvelles et d’état physique qui s’altère inexorablement.

 

Ce jour-là, tout en riant aux larmes, je n’avais pu m’empêcher de me dire qu’il y avait dans ce feu d’artifice de l’humour un côté exutoire à tout ce que cette maladie contre laquelle il était en train de perdre engendrait de tristesse, de colère, de désespoir, d’injustice et d’inéluctabilité. Ce que Bertrand avait confirmé après une énième blague en me murmurant “excusez moi ce sont les nerfs qui lâchent”.

Ce jour-là nous avons probablement ri à l’aune de la détresse de Bertrand. Et il nous a fait à la fois un si beau et si terrible cadeau que ce souvenir merveilleux de lui plein de rires et de vie.

 

Je n’ai plus revu Bertrand après ce jour-là.

Le lendemain, face au combat perdu contre le cancer, il a enjambé le parapet du pont et il a sauté.

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