Pas si simple

Photo by Tommy Clark

Photo by Tommy Clark

 

Il y a quelque temps, face à une patiente qui se plaignait de cette fatigue immense qui l’assomme à chaque chimiothérapie et qu’elle ne sent pas s’améliorer, je tergiversais sur la pertinence de lui dire ou pas que malheureusement il lui faudrait bien compter 1 an à 1 an 1/2 avant que son organisme n’ait éliminé les produits de chimiothérapie. En vérité c’est plutôt 1 an 1/2 à 2 ans mais déjà annoncer un an de délai c’est énorme alors deux …

Je tergiversais donc de lui donner un tel délai de but en blanc après tout ce qu’elle avait déjà encaissé comme “mauvaises nouvelles” dernièrement, elle l’a vu dans mes yeux, dans cette fraction de silence supplémentaire avant que j’entame ma réponse et elle m’a dit “dites moi les choses, que je sache à quoi m’en tenir”. Alors j’ai dit les choses avec le plus de douceur possible mais quelque soit la forme, rien me peut adoucir la violence du message de fond.

Elle a encaissé le choc, comme un rugbyman après un plaquage trop rude. Souffle coupé. Et puis elle s’est relevée et elle a repris le cours de son match.

 

J’ai beaucoup réfléchi après cette conversation. Je me suis dit que nous, soignants, avions vraiment le tort de surprotéger nos patients et que nous ne leur rendions pas service, que nous ne pouvions pas prédire la plupart des choses loin de là mais que nous pouvions quand même leur dire les choses plutôt que de les laisser dans l’ignorance ou avec des informations erronées.

 

J’en étais là quand ma route a croisé celle d’un patient qui m’a annoncé dès le départ qu’il voulait que les choses lui soient dites franchement d’autant plus qu’il travaillait lui-même dans le médical. Alors je lui ai dit les choses, sans brutalité mais peut-être avec moins de phase préparatoire que je ne l’aurais fait avec d’autres patients.

Et il s’est effondré en larmes sans que je le vois venir le moins du monde. Moi je me suis juste sentie con.

Je ne l’ai pas encore revu depuis, je ne sais pas si malgré ses larmes lui avoir dit les choses a été une bonne ou une mauvaise chose parce que contrairement à beaucoup de soignants je ne suis pas mal à l’aise avec les larmes des patients, je considère que quand on a un cancer on a le droit de pleurer. Souvent.

Peut-être que malgré les larmes lui avoir dit les choses aura été bénéfique pour lui. Ou pas.

 

Souvent on entend dire que les soignants n’ont pas dit ceci ou qu’ils auraient mieux fait de ne pas dire cela.

Au final … au final, on fait surtout tous comme on peut en naviguant à vue la plupart du temps et en essayant de s’adapter au maximum à chacun.

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