L’institut National du Cancer communique sur les facteurs de risque ? Décryptage

Source INCa

Source INCa

L’institut National du Cancer (l’INCa) a lancé mardi une campagne de communication autour des différents facteurs de risque de cancers en France.

Cette campagne uniquement numérique se compose :

– d’un test à faire sur internet en 3 mn pour évaluer les facteurs de risque auquel nous sommes individuellement exposé afin d’encourager le changement de comportement et donc d’ améliorer la prévention des cancers.

– d’une refonte partielle de son site web avec un onglet uniquement dédié à ce sujet, lui même découpé en différents thèmes sur lesquels une foule d’informations est donnée.

 

A cette campagne globale sur les facteurs de risque, l’INCa y a adjoint des publications sur le thème spécifique de la nutrition (alimentation + activité physique) comme prévention du cancer :

une brochure grand public avec des données et des conseils de prévention

– une actualisation des données concernant le lien entre nutrition et prévention primaire des cancers, soit en version synthèse (15 pages), soit en version longue (143 pages)

 

Enfin l’INCa a édité une fiche repère sur la prévention primaire des cancers en France.

 

TOUT CA !

 

Evidemment je me suis précipitée toute frétillante sur toute cette documentation. Et donc ?

 

Les points forts

♥ une communication numérique.

On sait à quel point les institutions ont du mal à se saisir de l’outil numérique, le sous exploitant voire méconnaissant complètement les codes et les usages de cet outil. Je ne vais pas refaire l’historique des ratés mais il y en a eu. Bon là, ça commençait mal, quand j’ai voulu faire le test depuis mon ordi, le site m’a demandé de mettre l’écran de mon smartphone à la vertical … du coup je ne sais pas si c’est uniquement fait pour smartphone. Enfin à part ça j’ai trouvé le test très bien construit, rapide et clair. Et j’aime beaucoup le site internet qui contient énormément de données. C’est encore un peu timide mais voilà c’est la première fois qu’on fait aussi bien !

♥ une volonté de responsabiliser les personnes sur leur santé et leur “capital santé”.

C’est je crois un changement majeur dans la communication. On a beaucoup tendance, particulièrement en ce qui concerne le cancer, a tenir un discours “la faute à pas de chance”. Et quand je dis “on” j’inclus aussi les soignants … moi la première. Alors qu’on SAIT que nos habitudes de vie, nos comportements quotidiens favorisent les cancers quand ils sont mauvais et qu’ils les préviennent quand ils sont bons. Il est temps de rendre les gens acteurs de leur santé (y compris pour éviter qu’ils tombent malades) comme les pays anglo-saxons le font.

♥ des données claires, complètes, et une volonté de vulgariser afin que tout le monde puissent se les approprier.

Ca concerne essentiellement le test et la brochure grand public mais oui j’ai trouvé qu’il y avait eu un vrai travail d’accessibilité à tous les publics. Preuve en est de l’infographie que je vous ai mis en début de billet qui montre très clairement la part attribuable de chaque facteur de risque. (Un peu moins vrai concernant les autres documentations, notamment parce que la tendance revient vite de lancer plein de données chiffres pas forcément facilement accessible … (la “fraction attribuable” en pourcentage de chaque facteur de risque dans la survenue d’un cancer ça commence vite à être abscons))

 

Les points faibles

♠ Un discours culpabilisateur.

J’imagine qu’il est difficile de vouloir responsabiliser les personnes sans tomber dans un discours culpabilisateur … et je le regrette. Parce que je pense que c’est plutôt contre-productif. Comme le “fumer, tue” ou le “mangez, bougez”. Il est vraiment temps de créer un autre mode de responsabilisation tout en évitant cet écueil.

Je ne connais malheureusement pas assez la communication anglo-saxonne pour pouvoir comparer.

♠ Une évaluation difficile et/ou peu précise.

Ca fait partie aussi de mes dadas les critères d’évaluation et le test proposé m’a fait un peu grincer des dents sur certaines questions. Notamment celle de la consommation journalière de fruits et légumes. On sait que les gens ont du mal à évaluer correctement leur consommation parce qu’un fruit/légume équivaut à une portion de 80g, difficile de se le représenter. (Moi la première)

♠ Un sentiment de raté (ou tout du moins d’incomplet).

Quand j’ai vu tout ce que l’INCa publiait et les sujets concernés par ces publications, j’ai eu beaucoup d’attentes. Trop peut-être, surtout concernant l’aspect alimentaire. J’aurais aimé que l’INCa mette franchement à bas un bon nombre de théories fumeuses / on-dit concernant les aliments “pro/anti-cancer”. C’est fait implicitement. J’aurais aimé de l’explicite, ils ne l’ont fait que sur le soja et je le regrette vraiment parce que ça ne mettra pas un terme à la propagation d’informations erronées et en temps que professionnelle je ne pourrais pas aisément m’appuyer sur ce document pour ça.

♠ Des conseils très cancéro-centrés.

Vous me direz que c’est normal pour des recommandations émises par l’Institut National du CANCER non ? He ben je regrette quand même un poil ce cloisonnement absolu. J’ai souvenir d’avoir lu il y a quelques années d’avoir lu une publication de l’American Institute for Cancer Research (AICR) qui évoquait le lien entre alcool et cancer. Il n’y a aucune ambiguïté sur la relation entre consommation d’alcool et augmentation du risque de certains cancers et ce même à faible dose. Mais l’AICR s’interrogeait sur le fait que dans le même temps une faible consommation de vin a des effets favorables sur les maladies cardio-vasculaires et qu’il pourrait être pertinent d’évaluer l’augmentation du risque de cancer vs l’effet protecteur dans les maladies cardio-vasculaires d’une faible consommation d’alcool. Rien de tout ça dans les publications de l’INCa …

 

En conclusion ?

Avant toute chose, j’ai commencé par faire le test. Je suis une professionnelle avertie des facteurs de risque favorisant l’apparition d’un cancer et je sais que j’ai plutôt tout bon à ce sujet là puisque je ne fume pas, je bois extrêmement peu, je fais de l’activité physique et j’ai une alimentation équilibrée.

Pourtant … le test m’a donné plusieurs alertes notamment sur mon alimentation et mon activité physique. Parce que j’avais répondu manger 3-4 fruits et/ou légumes par jour et que je ne peux pas affirmer faire TOUS LES JOURS 30mn d’activité physique.

Je l’ai hyper mal pris sur le moment. Vraiment. Mais avec un peu de recul, je me dis que ce n’est pas plus mal de me voir rappeler que non je ne fais pas tout parfaitement et que j’ai peut-être des comportements à revoir pour être moi aussi actrice du maintien de ma santé.

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