Tout ce qu’on a à offrir

Les plaintes sont souvent nombreuses des patients dans leurs relations avec les soignants. Souvent justifiées aussi.

Oui il y a des consultations baclées, écourtées, sans écoute et sans réponses.

Oui il y a des soins douloureux, froids, mécaniques.

Oui il y a des attentes interminables sans excuses, des mots maladroits, des phrases incompréhensibles et laissées inexpliquées.

Oui il y a les visages sans sourire, les airs tout sauf avenants, les soupirs même pas dissimulés et les regards vers l’horloge.

Oui il y a toutes les fois où l’on est réduit à “le sarcome” et non Françoise, 52 ans, maman de 4 enfants et vendeuse en prêt-à-porter, ou réduit à “l’adénome” et non Patrice, 66 ans, fraichement à la retraite et fou de ses petits-enfants.

 

Mais il y a aussi tout le temps pris pour écouter, rassurer, expliquer.

Tous les soins précautionneux.

Toutes les confidences, les rires, les larmes essuyées.

 

Je dis toujours que les soignants ne peuvent donner que ce qu’ils ont à offrir.

Et parfois ils n’ont rien à offrir.

Trop compressés, lessivés, écrasés, affectés.

 

On me dit toujours que je suis formidable avec les patients. Ils me le disent aussi. Mais je sais que j’ai énormément de chance, j’ai de quoi leur offrir cela.

J’ai du temps avec et pour chaque patient. Beaucoup.

J’ai du temps pour parler avec eux, pour savoir ce qu’ils font, combien d’enfants ils ont, quel métier ils font ou faisaient. J’ai du temps pour recueillir leurs confidences, entendre leurs plaintes, chercher des solutions ou des interlocuteurs. J’ai du temps pour devenir une personne de référence, une personne de confiance.

Je n’ai pas à faire seule le travail de 15, ni à voir un quota de patient par jour. Etc.

C’est plus facile pour être formidable. J’ai le temps pour donner et du temps pour me préparer à le faire.

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