Un autre monde

Il y a quelques semaines de ça j’ai assisté à une grande sauterie sur l’actualité autour du cancer.

L’automne c’est toujours l’époque des symposiums et autres congrés. J’aime bien y assister, ça permet souvent d’avoir d’autres points de vue, de voir des gens de la région qu’on ne voit jamais sinon etc… (même si ça fait travailler jusqu’à 23h..)

 

Et donc ce soir là, l’un des intervenants nous présentait avec enthousiasme les nouveautés dans le monde du cancer. Les nouveautés = que si les oncologues prescrivent produit machin avant/avec produit bidule, au lieu de après et ben en fait ça améliore la survie à 5 ans etc…

Mais ce soir là quand même, j’ai un peu eu l’impression de basculer dans un univers parallèle à un moment.

L’intervenant – enthousiaste donc – nous parlait d’un nouveau protocole ré-vo-lu-tion-nai-re dans le cancer de l’ovaire métastasée (je crois, je ne retrouve pas mes notes) qui permettait de faire passer l’espérance de vie (moyenne) de … 4 mois à … 8 mois.

Ah ouais… J’ai regardé le reste de la salle en me demandant si j’étais la seule à ne pas trouver ça formidable et à priori oui j’étais la seule.

 

J’ai du mal à considérer comme un progrès majeur de passer de 4 mois à 8 mois d’espérance de vie en moyenne. Alors oui on peut tordre les chiffres et me dire que quand même on double la chose. Sauf que ça reste dérisoire 8 mois d’espérance de vie. JE trouve ça dérisoire et loin d’être un progrès majeur en tout cas. J’attends plus de la science pour me réjouir. J’exige plus.

Peut-être est-ce une étape nécessaire pour atteindre 12 mois puis 18 puis plus, mais 8 mois au lieu de 4 concrètement quel espoir supplémentaire cela donne-t-il aux patients? En quoi est-ce un progrès majeur pour eux?

Comme si “être là” un peu plus longtemps (pas beaucoup quand même faut dire) (et dans quelles conditions? Pas un mot sur la qualité de vie) pouvait être la seule réponse à apporter.

 

Je ne suis pas médecin, je n’ai pas les mêmes décisions qu’eux à prendre, les mêmes mauvaises nouvelles à annoncer. Mais des fois j’ai vraiment l’impression d’un monde entre nos façons d’appréhender les patients.

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2 Responses to Un autre monde

  1. Lizly says:

    Je pense que l’essentiel réside dans les conditionq justement. 4 mois de plus, si c’est sur un lit d’hôpital, dépendant d’un traitement de cheval, ce n’est rien. Si c’est “en relativement bonne forme” c’est beaucoup.
    C’est un peu comme l’espérance de vie : on vit de plus en plus vieux, oui, mais dans quel état ? Heureusement ça dépend des cas.
    Je crois que “la vie à tous prix” n’est pas une si bonne chose. évidemment, quand on est médecin, on ne peut pas décider des nuances, savoir quand cette personne s’acommodera bon an mal an d’une paralisie partielle après un AVC alors que cette autre vit l’enfer (pour prendre un exemple qui m’est proche). Les médecins ont besoin de critères objectifs et mesurables. Vivant ou mort, l’entre deux, c’est compliqué. Pourtant, l’entre-deux, c’est aussi de la vie…

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