Quand le cancer devient chronique …

En médecine on dissocie les maladies dites aïgues de celles dites chroniques.
Pour schématiser les premières démarrent brutalement et trouvent leur résolution rapidement quand les secondes persisteront dans le temps.
(Nb : par “résolution” la médecine entend la guérison … ou la mort)
Les tumeurs malignes – le cancer – sont considérées comme appartenant aux maladies chroniques.
J’ai toujours eu du mal à me faire à cette idée. Ca coince dans mon esprit quelque part.
En même temps j’admets qu’un cancer ne peut pas rentrer dans la catégorie des maladies aigües non plus. Mais le fait est qu’une bonne partie des patients aujourd’hui sont traités sur une séquence d’environ 9 mois, nécessitent un suivi rigoureux pendant 5 ans puis moins rigoureux après et en fait le cancer ne repointe plus jamais son nez après. Même si on ne vous dira jamais que vous êtes vraiment guéri, on vous parlera de rémission, de délais à laisser passer qui éloignent chaque fois un peu plus le risque de récidive, le fait est que la maladie est soignée dans un intervalle temporel défini.
Contrairement à un diabète par exemple qui ne se guéri jamais.
Je crois qu’il faudrait créer une catégorie entre aigüe et chronique pour que je sois d’accord d’y voir le cancer y figurer.
Et puis il y a des fois où le mot “chronique” prend tout son sens dans le cancer …
C’est un dossier qu’on a rangé il y a déjà quelques mois.
Tous les indicateurs étaient passés au vert, on avait quitté la zone “soin” pour la zone “suivi rigoureux”. Arrêter la gestion des cicatrices et des chimiothérapies pour celle de “l’après” : le retour au travail, le retour à une vie qui ne soit plus rythmé par les soins et l’entourage quasi réduit aux contacts avec les soignants.
Le temps de la détente …

Et soudain le dossier ressort.
Les analyses de contrôle sont mauvaises.
“Le cancer revient” comme ils disent.
Oui il revient … et il faut tout recommencer à zéro.

Je n’imagine pas ce que ça peut faire d’entendre que tous les efforts qu’on a fait pendant des mois sont réduits à rien. Et qu’il faut refaire le même chemin. Sauf que cette fois-ci on en connaît le prix à payer. On sait le haut et le bas, l’espoir et le découragement, la fatigue qui broye et les douleurs diffuses.
Et il faut décider de recommencer ou de rendre les armes.

Souvent ils replongent. L’envie de vivre n’est pas quelque chose dont on se débarrasse facilement.
Et puis une récidive, c’est loin d’être exceptionnel.
C’est vrai, ça ne l’est pas.

Alors ils repartent pour un tour.

Parfois c’est pour plusieurs tours qu’ils repartent.
Le cancer est chronique.
Les traitements (en continu ou en séquences espacées) permettent de contenir la progression de la maladie mais pas de la guérir. Pas de rémission, pas d’entrée dans la gestion de “l’après” et devoir apprendre à vivre avec ça, cette espèce de zone grise pleine d’incertitudes et de routine entre la peur de la mort et un délai devant soi.

Je ne sais pas ce que ça fait d’apprendre à vivre avec ça.
Par contre je sais ce que c’est que de retrouver régulièrement sur mon bureau un dossier qu’on pensait définitivement rangé. Et je déteste ça.

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